Quand Adèle se raconte… (10)
En 1819, Adèle entre en relation épistolaire avec Emilie de Rodat qui vient de fonder les sœurs de la Sainte famille de Villefranche de Rouergue. Les deux fondatrices partagent leurs soucis apostoliques, les difficultés rencontrées pour guider leurs instituts et leurs sœurs sur le chemin de la sainteté. Adèle verrait bien une union des deux instituts…
En 1809, alors que je me trouvais en vacances chez ma grand-mère à Figeac, j’avais entendu parler d’Emilie de Rodat et j’avais eu alors le désir de l’engager dans notre «petite société». Mais cela n’avait pas pu se faire et voilà qu’en 1819, par maman, j’apprends qu’elle a contribué à fonder un institut religieux à Villefranche de Rouergue.
Aussitôt, heureuse de cette nouvelle, car tout ce qui peut servir à procurer la gloire de Dieu me touche profondément, j’écris à Mère Emilie pour lui demander de nous unir par la prière. La communion des saints est tellement importante! C’est un tel soutien! J’expose, ensuite en détail ce que nous réalisons par les Congrégations pensant que cette œuvre si féconde pourrait certainement se fonder à Villefranche.
Mère Emilie donne immédiatement son assentiment à cette suggestion et moins de deux mois après ce premier contact nous envisageons une union des deux instituts.
Quelques mois plus tard, la perspective de l’union des deux communautés se précisant, j’envoie à Mère Emilie une poupée revêtue de notre habit.
Pour avancer dans l’union, nous envisageons, en accord avec nos supérieurs, de nous rendre visite mutuellement. J’invite donc Mère Emilie à venir au plus tôt, toutes nous l’attendons et nous faisons une fête de l’accueillir prochainement.
Je lui recommande notre déménagement lorsque nous quittons le Refuge pour l’ancien couvent des augustins, puis le départ pour une nouvelle fondation à Tonneins et c’est avec plaisir que j’apprends que l’œuvre des Congrégations s’établit à Villefranche.
Finalement, en juillet 1822, le Père Chaminade vient à Agen pour nous prêcher la retraite. Mère Emilie, une de ses sœurs et le Père Marty nous rejoignent pour quelques jours. Quelle joie de part et d’autre!
De retour chez elle, Mère Emilie fait à ses sœurs le compte-rendu de ce qu’elle a vécu, apporte des précisions au projet. Elle m’écrit au bout de quelque temps que, de crainte probablement de perdre leur supérieure, ses Sœurs se montrent réticentes au projet d’union. Il faut renoncer. J’avoue que cela me coûte mais je fais le sacrifice à mon Dieu.
Nous continuons toutefois à nous écrire : nous nous confions nos malades, la mission qui se développe, les fondations mais aussi les difficultés que nous rencontrons dans l’accompagnement des personnes. J’écris ainsi à Mère Emilie, qu’il faut beaucoup prier, agir avec une grande douceur, savoir sacrifier ce qui n’est pas absolument essentiel, parfois il faut distraire les Sœurs, en leur donnant, sans en avoir l’air, des occupations de leur goût.
Notre correspondance s’espace, non qu’elle ne compte plus pour nous mais j’ai des ennuis de santé, Mère Emilie également et puis il y a, de part et d’autre, les fondations, la mort de religieuses, novices ou sœurs sur lesquelles nous comptons plus spécialement. Que c’est dur à vivre lorsqu’on sait tout le bien qui serait à accomplir et déjà le manque de sujets qui se fait cruellement sentir ! Pourtant notre Institut ne sera-t-il pas d’autant plus solide que nous saurons le fonder sur la Croix? Nous le savons, l’une et l’autre, les liens qui nous unissent dans le Cœur de Marie, notre Mère, ne sont pas de nature à se rompre.
*Emilie de Rodat , fondatrice des sœurs de la Sainte famille de Villefranche de Rouergue a été canonisée en 1950.